Les troubles des conduites alimentaires : y a-t-il un vaccin efficace ?

Y a-t-il un vaccin efficace ?

En cette saison grippale, de multiples virus hivernaux nous menacent. Les campagnes de sensibilisation annuelles pour nous prémunir de la grippe, de la gastroentérite et de tous les maux d’hiver battent leur plein. Nous espérons tous passer à côté de ces vilains malaises et d’affronter avec force et énergie les rigueurs et plaisirs de l’hiver québécois. Malgré les risques réels, nous avons des facteurs de protection reconnus : un bon système immunitaire, une santé globale satisfaisante, de bonnes habitudes d’hygiène, un environnement sain, sans oublier le vaccin.

En cette Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires, il pourrait paraître simpliste de comparer ceux-ci au virus de la grippe. Mais pourquoi pas! C’est parfois inquiétant, certes moins fréquent, et ce n’est surtout pas contagieux. Mais qui d’entre nous n’a pas côtoyé de près ou de loin une personne souffrant de trouble alimentaire? Qui d’entre nous n’a pas déjà ressenti la pression de performer, de réussir, de devoir perdre du poids pour satisfaire un idéal de beauté ou de « santé »? Notre hérédité, notre génétique, notre éducation et plusieurs hasards de la vie ont contribué à nous bâtir comme être humain. Nous ne réagissons donc pas tous de la même façon à ces pressions. Mais comment se protéger de ces maladies graves et parfois mortelles que sont l’anorexie, la boulimie et les troubles qui y sont apparentés?

Dans ce monde de plus en plus exigeant, un facteur de protection essentiel au trouble alimentaire est celui de se permettre d’être humain, avec nos forces, nos fragilités et nos imperfections. Rien ne nous empêche de nous fixer des objectifs et d’essayer de les atteindre, surtout pas. Mais foncer dans la vie tout en prenant soin de nous, c’est beaucoup mieux! Soyons attentif et respectueux face à nous-même et soyons à l’écoute de nos signaux internes (fatigue, énergie, émotions, besoins). Ces signaux sont de précieux indicateurs permettant d’ajuster nos objectifs, de mettre nos limites, de revoir notre plan de match et d’avoir ainsi une vie plus satisfaisante et respectueuse de notre véritable moi.

Que serait une vie sans émotions? Des joies, des peines, des moments de stress, de colère, de fierté… et bien d’autres. Apprendre à reconnaître nos émotions, à mieux les gérer, tout au moins à les tolérer, sont d’autres stratégies à développer pour traverser les hauts et les bas de notre vie, pour nous garder en meilleure santé mentale tout en nous permettant de la compassion et de la bonté envers nous-même.

La vie nous réserve bien des surprises, bonnes et moins bonnes, où la souplesse peut être une alliée, loin des règles rigides et exigeantes. Nous renforcerons ainsi notre système « immunitaire » contre le trouble alimentaire. Et encore plus en s’autorisant une image positive de soi! Avec une image positive de soi et un peu de souplesse, la vie est tellement plus simple!

Et parfois, malgré toutes ces bonnes protections et actions, la maladie frappe comme un virus… Il faut alors la reconnaître avec toute la souffrance et l’inconfort qu’elle amène. S’autoriser à en parler et aller chercher l’aide appropriée est primordial puisqu’un traitement adéquat et individualisé permettra de guérir cette maladie qui en est bien une et dont personne n’est à l’abri… et pour laquelle il n’existe aucun vaccin.

Marie-Julie Cimon, médecin psychiatre du Programme d’Intervention en Troubles des Conduites Alimentaires (PITCA) du CHU de Québec

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